Françoise Dolto : arrêter les tabous avec les enfants

Merci Françoise Dolto : une révolution dans la manière de penser l’enfant que l’on oublie à ce jour

Le documentaire La Révolution Dolto offre une plongée passionnante dans l’œuvre de Françoise Dolto, psychanalyste et pédiatre française qui a profondément marqué notre manière de comprendre l’enfance. Elle a consacré sa vie à remettre l’enfant au centre de l’attention — non pas comme un « petit adulte », mais comme un sujet à part entière, avec sa singularité, ses émotions, ses pensées et sa capacité à comprendre le monde autour de lui.

Dolto n’a jamais affirmé que l’enfant devait être roi au sens d’être libre de tout cadre ou d’avoir tous les désirs satisfaits sans limites. Cette idée reçue qui circule encore aujourd’hui résulte d’une déformation de sa pensée.

 

Ce que défendait vraiment Dolto

  1. L’enfant est un sujet, pas un objet

Françoise Dolto a toujours insisté sur le fait que l’enfant est un sujet dès sa naissance — c’est-à-dire un être humain qui ressent, comprend et communique, même avant l’acquisition complète du langage. Elle croyait que toute forme de langage (gestes, expressions, comportements) était une manière pour l’enfant de dire quelque chose de significatif.

Cette vision donne de la dignité à l’enfant, qui n’est plus perçu comme un simple « petit humain à éduquer », mais comme une personne qui mérite respect et écoute. Cela implique d’être attentif à ses émotions, ses besoins, et surtout de lui parler clairement et honnêtement, sans TABOUS.

  1. L’écoute plutôt que l’autoritarisme ou l’indulgence

Contrairement à ce que certains critiques ont prétendu, Dolto ne prônait pas l’absence de cadre ou de limites éducatives. Elle pensait plutôt que l’éducation devait être un équilibre entre écoute et accompagnement, où l’enfant n’est pas simplement puni, mais compris dans ses besoins émotionnels et psychiques.

Ce qui est parfois interprété comme “l’enfant roi” n’est en réalité qu’une demande de reconnaissance et de respect pour l’enfant en tant qu’être humain ; pas une invitation à laisser l’enfant faire ce qu’il veut sans limites.

« L’enfant roi » : une erreur qui persiste

Après sa mort en 1988, certains ont commencé à affirmer que Dolto serait responsable d’une érosion de l’autorité parentale et d’une montée des enfants « gâtés » ou déraisonnables. Selon les critiques, elle aurait encouragé un modèle éducatif où l’enfant serait prioritaire sur l’adulte  d’où l’expression devenue populaire d’ “enfant roi”. Pourtant, comme le documentaire et plusieurs spécialistes le clarifient : Dolto n’a jamais prôné un laxisme éducatif sans règles ; elle n’a jamais encouragé à laisser les enfants imposer leurs désirs aux adultes et elle a toujours valorisé une relation éducative fondée sur la communication respectueuse, l’écoute et la responsabilité partagée.

L’héritage de Dolto : une révolution qui continue

L’héritage de Françoise Dolto résonne profondément dans ma pratique quotidienne. Accompagner des enfants me rappelle chaque jour combien elle avait raison : tout enfant est un sujet, quels que soient ses moyens d’expression. Les corps parlent, les comportements parlent, les silences parlent.

Dans ce même esprit, un autre pilier de la pensée de Dolto traverse encore mon accompagnement : la question de l’éducation sexuelle, vaste sujet, sensible, souvent évité… et pourtant essentiel. Parler du corps, de l’intimité, des limites, du consentement, avec des mots justes et adaptés à l’âge de l’enfant, n’est pas une intrusion — c’est une protection. Le silence, les non-dits et les tabous génèrent bien plus de confusion, d’angoisse et parfois de souffrance que la parole claire. Dans mon travail, je constate combien les enfants ont besoin d’adultes capables de soutenir ces questions avec calme, présence et responsabilité, sans projeter leurs propres peurs.

Alors, aujourd’hui encore, au regard de ce que nous savons du développement de l’enfant, de son corps, de son vécu émotionnel et relationnel, une question reste ouverte et essentielle :
sommes-nous prêts, en tant qu’adultes et professionnels, à faire réellement confiance à l’intelligence des enfants, à leur capacité de compréhension, et à notre propre responsabilité pour leur offrir une parole vraie, sécurisante et respectueuse ?

 

Merci pour ce superbe reportage : 

 

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